Bon.
ça fait 3 mois maintenant que j’ai été diplômée. Chef Loupiot, tonton pour les intimes, m’a invité chez lui pour fêter ça avec sa femme et ses 2 morveux. Je les aime comme si c’était des neveux et nièces. J’ai grandi avec eux aussi.
C’est ma mamie qui m’a recueillit quand papa est mort. Mais tonton Loupiot a toujours été là pour nous aider et me garder sur le droit chemin. On passait les fêtes ensemble, on allait en vacances à la mer tous ensemble et il m’a entraîné quand je lui ai dit que je voulais suivre les traces de mon père.
Tonton Loupiot était là quand papa s’est fait abattre dans un bracage qui a mal tourné. Il lui a juré qu’il prendrait soin de moi. C’était son seul et unique partenaire. Pour Loupiot aussi. Quand papa est mort, tonton s’est rabattu sur l’administratif. Il n’a plus jamais voulu d’autre équipier. Alors il s’est formé pour être chef du commissariat. Et maintenant c’est notre boss à tous.
Au boulot, c’est mon boss, quand on raccroche nos flingues, c’est mon tonton. C’est plus simple. Même si c’est parfois difficile de faire la part des choses pour moi.
Au dîner, je me plains encore de Zoé.
– ça fait trois mois que je me la coltine c’te robot ! Pourquoi je ne peux pas en avoir une autre moi ? Une qui soit plus dans… mon intelligence émotionnelle quoi.
– Parce que tu crois que ton père et moi, on était fait l’un pour l’autre ? Ta relation avec ton partenaire c’est la chose la plus sacrée au monde. Elle se travaille.
– Hum hum.
Madame Loupiot nous rappelle qu’elle est toujours là.
– Enfin, après toi bien sûr ma chérie… Tu es la perle de mon huître, l’oxygène de mes poumons, la…
– ça va.
Elle prend les petits et s’éclipse en cuisine.
Tonton se tourne vers moi et pfiou ! Il me fait un signe de soulagement et pense sincèrement l’avoir échappée belle. Je regarde tata Loupiot dans la cuisine, elle sort un gâteau du four, le visage fermé. Mon pauvre tonton, il n’a pas finit de cagnier. Il est détective et complètement aveugle ma parole ! Il faut peut-être que je reparte avec les couteaux de la cuisine, on ne sait jamais…
– Laisses-lui une chance, elle n’est pas si terrible que ça.
– Ok, je lui laisse encore un mois.
…
Bon. Ma coéquipière Zoé n’est pas si mal finalement. On a notre arrangement. Elle conduit toujours lors de nos patrouilles. Je parle, puisqu’elle n’est pas du genre à trop causer. Je la laisse jouer avec son briquet à clapet et elle supporte mon grignotage incessant de sucettes à la canelle. Hé oui ! Dans ma bouche, c’est Noël toute l’année !
– Première enquête mes enfants. Un meurtre prémédité.
J’enlève mes pieds de sur mon bureau et regarde chef Loupiot. C’est pas vrai ! Depuis le temps que j’attendais ! 4 putain de mois ! Vous vous rendez compte ?! Même Zoé a plus de chatte que ça ! Enfin oui… Je me comprends…
Je n’ai pas le droit de poser des questions personnelles à ma coéquipière… mais ! Je suis formée détective ! Et j’ai l’œil de lynx mes ptits gars !
D’ailleurs, je vais vous le prouver ! On arrive dans la chambre du banlieuzard trucidé.
Le pauvre gars est pendu par les mains dans son placard. Il y a un système de poulis quand même vachement élaboré mit en place.
– C’est ingénieux quand même…
Je me tourne vers Zoé.
– Nom de la victime Boris. Nombreuses lacérations sur le corps. Lobe d’oreille gauche découpée. Indiqué marié mais pas d’alliance.
– OK. Madame. Robot. Je. Sais. Aussi. Lire. Le. Dossier. Qui. Est. Sous. Mes. Yeux.
J’imite le robot. Zoé me regarde et lève les yeux au ciel avant de se retourner vers la puanteur de blédard. Non, je n’ai pas de problème avec les riches. Y a quoi ?
– Crime passionnel ? On dirait qu’il était à fond dans le BDSM.
Je sors du tiroir de sa commode un tas de cordes et une collection impressionnante de plug anal. Téma, qui userait ce truc là ?! C’est de la taille d’une foutue courgette !
– Objet encombrant la trachée. Tentative d’extraction.
Je me retourne sur Zoé en train de farfouiller avec une pince dans la gorge du mec crevé.
– Mais qu’est-ce que tu fais ? Mais c’est dégueulasse !
Elle sort de sa bouche un bout de papier entouré d’une alliance.
– L’expression, c’est pas sensé être mettre la bague au doigt ? Qu’est-ce qu’elle fout dans sa bouche ? Merde… Tu crois qu’il s’est bouché tous les trous le gars ? (Je regarde les plugs) C’est toi qui t’en charge ! Partage des tâches tu comprends…
La manière qu’elle m’ignore, franchement, c’est violent. Elle déroule le papier et lis à voix haute.
– Exode 14:20. “Tu ne commettras point d’adultère.”
Un policier sensé faire le guet rentre dans la chambre et nous fait signe de partir. “Chef Loupiot vous veut dans son bureau tout de suite.”
…
– Dis-moi, tu n’en as pas marre de mentir à tout le monde ?
Il pleure comme un bébé et je suis à deux doigts de lui foutre une tétine dans la gorge pour la lui fermer.
Au pire, je peux toujours lui enfoncer un truc, ça fera son petit effet quand les gens le découvriront…
Je le laisse agoniser un peu tout en cherchant. Mais qu’est-ce que je vais bien pouvoir mettre ? J’ouvre les tiroirs, regarde sous le matelas et en me relevant, je sens mon porte-feuille dans mon pantalon. Je l’ouvre pour y découvrir une photo de mes parents, tout un tas de citations et la bague de mariage de mon père. ça brille… Je me sens comme la créature bizarre dans le Seigneur des Anneaux. Mon précieux…
L’autre con là pousse un petit cri de souris. Oh ! Il a une joli boucle d’oreille… ça brille aussi… Ok. On échange ?
…
à suivre…