– Ces hommes ! Quelle bande d’enflures ! Tous !
30 ans ! 30 années d’amitié et d’expérience de vie ensemble et mon papounet se fait lâchement buter par son coéquipier qui lui avait promis loyauté et soutien.
Et le nombre d’années après ça, où tonton Loupiot s’est fait passé pour mon ange gardien. Où il m’a inclut partout, comme un membre de sa propre famille. Et pour quoi ? Cacher le fait qu’il fait de la contrebande de haut niveau et qu’il a dû m’enlever la seule personne au monde qui m’aimait plus que la vie elle-même ?
Je continue à courir après lui alors qu’il tire.
Ce connard a l’audace de me tirer dessus après tout ce foutu speech à dormir debout ?
…
– Théa ?
– Lého ?
La fumée se dissipe et un grondement lointain se fait entendre. La porte s’ouvre sur une nouvelle bourrasque de fumée et mon corps est à nouveau happé.
– Lâches-la !
Loupiot père. Il m’agrippe et je ne peux m’empêcher de voir la détresse sur son visage.
– Ce n’était pas sensé se passer de cette manière !
– Quoi ?
– J’avais promis de prendre soin de toi !
– Quand ? Avant ou après lui avoir tiré dessus ?
– Théa, je te jure que…
– Tais-toi ! Arrêtes tes mensonges ! Tu n’as toujours pensé qu’à une chose… Ton foutu fric !
– Non c’est faux !
– Tu étais tellement obsédé par les papiers que tu es devenu un foutu bureaucrate !
– Je ne voulais pas que le sort de ton père arrive à d’autres bonnes poires. Le système est pourri.
– À qui le dis-tu !
– C’est pire que tu ne le crois Théa. C’est juste une machine politique rouillée jusqu’à l’os. Les flics bien sont des victimes et il ne reste plus qu’à survivre. Alors oui, j’ai profité un peu plus de cette situation que d’autres mais je l’ai fait pour vous !
– Assassin !
– C’était un accident, il n’était pas sensé être là. Ça m’a autant fait mal qu’à toi.
– C’est ce que tu lui a dis ? Hein ? Quand tu as vu la lumière s’éteindre dans ses yeux ? Réponds !
Je tremble de rage au point de lui cracher dessus mes paroles. J’aurais aimé que ce soit du venin. Je tourne la tête et Zoé est maintenue comme moi par deux armoires à glace. Je fulmine.
– J’ai raccroché après. On a trouvé un autre moyen pour protéger les bons et ne plus faire ce genre d’erreur.
– Donc tu es devenu chef du commissariat pour ne plus avoir de comptes à rendre à personne. En attendant, mon père n’est plus là. Et tout ça, c’est de ta faute !
– On a tout essayé…
– Qui c’est ce « on » ? On peut savoir ?
– Ta mère et moi.
Mes jambes deviennent aussi molles qu’un Flamby. Je m’écroule.
…
– Punaise Zoé ! Je suis trop contente que tu sois là ! Comment tu as fais pour sortir de prison ? Comment tu m’as retrouvée ?
– Quand tu n’es pas venu me voir comme promis. Écoutes Théa, j’étais sensé te dire…
– Tu as fais tout ce chemin parce que je te manquais ? Pourquoi je ne t’ai pas entendu arriver ?
– Tu délires ?
– Oui, peut-être un peu je crois.
– J’ai ris pour te prévenir.
– Avec ton rire de chèvre ? Je croyais que c’était Lana ! D’ailleurs, elle est passée où la biquette ?
– Théa !
– Quoi ? Pardon, pardon rohlala.
– Ton enquête…
– Ça fait des jours que je suis enfermée et torturée et toi tu veux parler d’une foutue enquête ?
– Ils t’ont tiré dessus à balles perdues et t’ont kidnappé sous les instructions du chef de cartel.
– Tonton Loupiot !
– Non, Théa. Le chef des mafieux que tu recherchais… C’est Sophie.
– C’est qui Sophie ? D’où elle sort celle là encore ?
– C’est ta mère, Théa.
…
En tombant, je trouve un briquet et un couteau sous les débris de la première explosion. Avec le peu de force qu’il me reste, je balance le briquet près des pieds de Zoé, me relève et plante la lame dans le bras de Loupiot. Elle entre aussi facilement que si je découpais du beurre. Il hurle. C’est balaud.
Je me retourne sur Zoé qui s’est débarrassée des gugus avec une bombe lacrymogène. Elle me balance dans le couloir mais je peux toujours voir son regard voilé, fixé sur le briquet.
– Ma perle, tu as carte blanche. Laisses-moi Loupiot par contre.
Je m’élance à sa poursuite et je me sens beaucoup meilleure que je ne le pensais. Je savais depuis le jour où on a coffré Wilfried que je pourrais toujours compter sur elle. Je lui fais confiance avec ma propre vie. Tant mieux d’ailleurs étant donné que Tonton Loupiot se barre d’ici en me tirant dessus.
Pour être tout à fait honnête, je ne sais pas trop ce qu’il se passe mais quand mon corps est projeté par une explosion pour la énième fois aujourd’hui, je me fous un peu du pourquoi du comment et je veux juste déguerpir de cet enfer.
…
C’est comme dans les films. Tout pareil. Je me retrouve en haut d’une colline à voir Loupiot et Sophie, ma mère (ma mère quoi !) monter dans un hélico.
Je vous avoues que je trouve ça un peu bâtard que je me retrouve en position fœtale au milieu de la poussière tandis que ces criminels s’enfuient en hélico. Putain de karma. Cette journée est vraiment pourrie.
Je me retourne sur Zoé, clopinant vers moi. Elle s’est prise une balle perdue. Elle s’affale près de moi, toujours accroupie sur moi-même et me tend un truc. Je cligne des yeux. Une sucette à la cannelle. Sans déconner ? C’est le meilleur jour de toute ma vie ! Enfin, façon de parler quoi.
– « Elle est têtue de force et de gloire, Et elle se rit de l’avenir. »
– Verset Biblique ?
– Proverbes 31:25
Je regarde autour de moi. Le soleil tape haut et fort dans le ciel remplit de fumée. L’odeur de la maison brûlée bouche mes narines et l’hélicoptère s’envole en projetant de la poussière dans notre face. On entend enfin les sirènes des pompiers. Quel merdier tout ça.
– Regardes Zoé ! On est toujours vivantes !
Fin.