– Wesh Tonton ! Ça roule ? Bien ou bien ?
Chef Loupiot sort enfin de son bureau. Ça fait des heures qu’il passe des coups de fil et que son nez est dans la paperasse.
– Tu n’as rien d’autre à faire que de me flicquer ?
– Wow…
– Désolé Théa, le stress en ce moment, c’est la galère tu comprends…
– Écoutes tonton, moi aussi je bosses dessus il ne faut pas croire.
– Je sais bien, je le vois ne t’inquiète pas.
– Ce n’est pas facile en plus… J’ai découvert un lien entre la descente et la banque où papa…
– J’ai vu.
– Donc… Je fais quoi maintenant ?
– Tu rentres chez toi. Tu te détends et tu me laisses m’en charger.
– Non, me mets pas sur les bancs ! C’est mon enquête ! Je l’ai récupéré et je suis à deux doigts d’avoir mes réponses !
– Écoutes Théa, c’est plus compliqué que tu ne le crois…
…
Je rejoins Lého au resto avec une sale humeur.
– Il va me falloir plus qu’un fondant au chocolat pour oublier la crasse que vient de me faire ton padre gars !
Lého me fixe et passe la langue sur ses lèvres. J’ai chaud tout à coup. Qu’est-ce que je disais déjà ?
– Ravales ça enfin ! On est en public je te signale !
Le restaurant est vide. Seules deux tables avec trois mecs chacune sont occupées. C’est louche.
On mange tranquillement avec Lého toujours aux aguets. Pour être sûrs que ce ne soit pas un cambriolage, il sort avant prétextant d’aller chercher la voiture.
Je sors mon flingue pour bonne mesure.
En jetant un coup d’oeil dehors, je vois Lého se prendre un uppercut. Une rafale de tirs se fait entendre.
Merde. Pas le temps de me retourner. Les gugus sont déjà sur moi. C’est fini avant même d’avoir commencé.
Je suis au sol et à travers la grande fenêtre vitrée, je peux voir Lého. Il est K.O.
On parle blanc des yeux et langue dehors. Plus aucun contrôle. Et puis le noir complet pour moi.
…
Ces salauds. Obligés, ils sont de mèches. Et Lého ? C’est quoi cette histoire de sang ? Un rituel satanique ? Mais on est où là ?
La meuf de Zoé entre, les dents aussi blanches et aiguisées que celles d’un vampire. Je veux lui foutre un pain à celle là !
– Ivanoschka enchantée.
– Ah maintenant tu parles ?
Elle rigole encore et s’éloigne. Elle fait un truc chelou avec ses mains et deux gardes disparaissent de ma salle de torture.
– Oh, un peu d’intimité enfin ! C’est pas trop tôt ! Et tu ne pourrais pas en profiter pour me ramener Lého ? Tu comprends…
– Oui oui. J’ai déjà entendu ton roman c’est bon.
Elle tourne autour de la table où je suis allongée.
Je peux entendre Lana, ma chèvre, miauler. Enfin. Vous savez quoi. Ce qu’une chèvre est sensé faire comme bruit.
– Où est Zoé ?
– Hein ?
– Zoé.
– Ta femme est en prison meuf. Tu le saurais si tu aurais été lui rendre visite au moins une fois au lieu de prendre tes jambes à ton cou…
– Quand tu l’as arrêté ?
– Sémantique…
– Tu ne lui as pas passé les menottes ?
Elle s’approche et m’enserre les poignets au-dessus de la tête avant de m’enchaîner.
– À quoi vous jouez ?
Tonton Loupiot.
Ah ! Juste à temps pour me sauver !
– Tu foutais quoi ?
– Théa.
Il me regarde bizarrement. La porte est encore entrouverte et on peut entendre Lého s’égosiller. Loupiot père ferme la porte délicatement. Non mais c’est quoi ce bordel ?
– Tu vas l’arrêter oui ? Cette connasse m’a piégé ici et ils m’ont torturés pendant des jours et des jours et…
– Je suis désolé Théa…
Quoi ?
– Écoutes, je ne sais pas ce qu’il se passe mais il faut que tu te bouges tonton. Ils ont la cassette. Celle de la banque. Le jour où papa s’est fait tué.
– Tu parles de ça ?
Ivanoschka pointe son téléphone sous mes yeux. Mon père se tient debout. Il se fait buté encore une fois. Ce sont les derniers moments de sa vie. Assassiné à bout portant. Abattu et laissé pour mort dans sa mare de sang.
La caméra change d’angle. Je peux enfin voir le tireur.
– Théa…
Les larmes me perlent aux yeux. Non. Ce n’est pas possible. Non.
– Théa…
Impossible je vous dis.
– Théa !
Le cri au loin de Lého me sort de ma léthargie.
– Tu l’as trahis ? Pourquoi ?
– Il venait nous empêcher de faire notre travail.
– Tu l’as buté ? Pour de la tune ?
– J’avais un problème en face de moi et j’ai dû le régler.
– Et tu n’as pas honte ?
– Je suis triste. Je l’ai perdu aussi.
– TU L’AS TUÉ !
– J’ai fais ce que j’avais à faire pour survivre.
Il m’a recueillit. Il m’a formé. Il m’a tout offert, tout payé… C’était des foutaises. Tonton mon cul. Je suis le sale dindon de la farce.
Ivanoschka se bidonne. Lana la chèvre s’agite encore. Lého hurle à la mort. Et cet enfoiré qui m’a élevé est en fait celui qui m’a privé de l’être le plus cher que j’avais au monde.
Loupiot ne bouge toujours pas.
– Théa. Le business c’est le business. Tu sais bien qu’on laisse les émotions au placard quand on enfile le badge…
Je ricane amèrement. Sale hypocrite. Enflure. Si seulement on pouvait tuer au regard, je l’aurais zigouillé c’est sûr.
Soudain, un boucan se fait entendre dans la salle de Lého. Puis plus rien. Le silence.
Loupiot et Ivanoschka se regardent et partent. Seul le blanco reste dans ma salle de torture. Il retire lentement sa veste et vient faire ce qu’il a à faire…
…
– Zoé, c’est quoi tous ces nouveaux bijoux ?
– Tu as vu, ça brille.
– Hé dis donc… Tu ne m’en veux pas de te demander mais bon… Tout le monde est vivant ou bien ? Comment ça se passe ?
– Oui oui, c’était un échange.
– Hum…
– Du calme, c’est réglo.
– Ce bracelet là. Il ressemble à celui de ma mère.
– Sophie ? Je croyais qu’elle était partie quand…
– Oui. Mais papa avait toujours une photo d’elle sur sa table de chevet.
à suivre…