Je le fais s’installer confortablement. La musique se met en route. Cette salle est faite pour atténuer les bruits et tant que la musique tourne, impossible pour les gens dehors de se rendre compte de quoi que ce soit.
Le blanco se débat sur sa chaise. Je récupère la chèvre qu’ils ont mis dans ma cage. Puisqu’ils m’ont kidnappé et torturé, j’ai le droit de leur rendre un peu la pareille non ?
J’amène la petite Lana près du blanco et elle commence à lui lécher ses doigts de pieds puant.
L’ensorceleuse se réveille doucement sur cette image et la vérité je me marre. Bah quoi ? Il faut bien détendre un peu l’atmosphère.
…
Parfois, c’est plus facile de causer de la peine aux autres plutôt que de confronter ses propres démons. Je pense que Zoé cherchait juste à atténuer ses souffrances. Après, allez grandir vous aussi comme ça et on verra bien comment vous tournez !
Ces mois passés à lui rendre visite, à parler des enquêtes avec elle, ça me permet de rentrer plus dans la psychologie des tueurs. Ma confiance et ma loyauté envers elle grandit de jour en jour. C’est bizarre à dire mais j’arrive à comprendre ses motivations.
Elle connaît bien le Ô Zen, elle y allait souvent petite, peut-être qu’elle se rappelle de quelque chose en particulier.
– Rien.
– Rien ?
– Oui rien.
– Absolument ? Certaine ? Sûre ?
– Oui. J’ai repensé à ton enquête et je te l’ai déjà dit, seulement une fois, un jour, j’avais entrevu un homme assez louche quand j’ai fouiné derrière la salle de yoga. Impossible d’avoir plus de détails. Ce n’était pas ma priorité à l’époque.
– Je comprends.
– Et pour Lého ?
– Quoi Lého ?
– J’ai besoin de ma dose de potins.
– Ah ha ! Je décolore sur toi tu vois !
– Bon ?
– Franchement niquel. Il est sympa, au lit c’est l’éclate et il ne me prend pas la tête.
– À mon avis il t’utilise.
– C’est lui le fils du chef ! Si les ragots commencent, ce sera pour ma poire les conséquences. Et puis en plus, j’utilise pas vraiment sa langue pour parler donc on n’a pas une relation super développée.
…
Oh Mon Dieu. Je vais mourir. Je vais mourir seule et bouffer par des rats. Ou par ma chèvre au choix.
Je l’ai appelée Lana. Je l’amadoue à coups de papouilles et de flatteries histoire de passer le temps. Je crois qu’elle m’aime bien. Mais bon. Quand elle aura trop faim, je suis sûre qu’elle me regardera juste comme un plat de saucisses rougail. Je suis prête à vous le parier !
J’entends du bruit. Le vent souffle Est ce soir, ils doivent être à 45/50 mètres tout au plus. C’est bientôt l’heure de ma torture quotidienne et ma copine de cellule à disparue aussi. Donc qui va en prendre plein la gueule ? Et bien c’est Bibi !
Ils rentrent et me traînent par les bras hors de mon cachot. Je tombe dans le couloir quand une porte s’ouvre. Lého. Il est ligoté contre une planche et le blanco le force à regarder des images.
– Regardes ! Tu vois bien, tu as ça dans le sang. Tu es fais pour ça. Plus tôt tu acceptes, plus tôt tu seras libre. Qu’est-ce que tu choisis cabron ?
À sa droite ma copine de cellule. Parfaitement habillée, intact, propre sur elle et tout. Merde. Ivanoschka ? Cette meuf qui était dans ma cellule à renifler la merde de Lana était vraiment une agent double ? La femme de Zoé ? Sans déconner ?
Je me tourne vers la télé que Lého est forcé de regarder. Les images d’une caméra de surveillance d’une banque. De la banque. Ma banque. Un mec se fait zigouillé à bout portant.
Mais non. Ce mec, c’est papa ? Papounet ?
Mes ravisseurs essayent de me ramasser mais je me débats. Lého tourne la tête et me voit enfin. J’hurle. Attendez. Juste une minute. Laissez-moi voir qui a tué mon père ! Bande de salauds !
Cette vidéo était introuvable. C’est la première chose que j’ai cherché lorsque j’ai eu le droit d’avoir accès aux archives.
Tonton Loupiot m’avait chopé en train de mettre mon nez dans les affaires classées et j’ai dû tout avouer, la queue entre les jambes. Zoé aussi avait demandé autour, avec ses nouveaux contacts en prison.
La seule histoire dont j’étais au courant, c’était qu’un braquage avait mal tourné et que mon père n’a pas pu rentrer à la maison. Ma mère nous avait quitté il y a bien longtemps et j’ai juste grandi avec papounet et ma mamie.
Je sens mon corps être soulevé. Ils sont trois à me porter pour m’emmener dans ma salle de torture. Lého se débat et Ivanoschka nous regarde en rigolant. Son sourire, c’est de la pure extase… Et moi je cagne tellement que je n’ai qu’une envie, c’est de crever.
Ils savent. Ils savent qui a tué mon père. Ils savent. Et Lého sait aussi. Ils sont tous dans le coup. Ils sont tous pourris. Je ne peux compter sur personne. Pas même ma foutue chèvre.
Et pourquoi ils m’ont fait passer par le couloir quand il y a juste une trappe entre mon cachot et ma salle de torture ?
…
– Tu sais chez moi, on a le droit à un avocat.
– Désolé, on a que du guacamole ici ma belle.
Mais qu’est-ce qu’il est con ct’ abruti là ! C’est bon, j’en ai ma claque de ces conneries !
Quand il va pour resserrer les liens de mes pieds, je prends avantage de la situation.
Je n’ai que quelques minutes pour lui faire manger ma savate et reprendre contrôle.
Il essaye de se débattre mais une lueur dans son regard me dit qu’il sait.
Il sait que s’en ai finit pour lui.
Putain.
Ouf.
…
Mon corps est propulsé sous le coup de l’explosion. Ça vrille dans mes oreilles. Putain. Y a quoi encore ?
à suivre…