EPISODE 9 = 1 MOIS.

Il y a forcément un lien avec la masse de Marie-Jane, les tirs à balles perdues et mon kidnappage. C’est sûr. Mais lequel ?

J’ai mal à la tête. Je crois qu’ils ont dû m’assommer encore. Mes yeux s’ouvrent enfin sur le blanco. Il sort son pédard puant avec ses orteils super poilu. Je préférais encore être dans les vapes. Je ne vais pas tarder à dégueuler tout l’air qu’il y a dans mon estomac c’est sûr.

Son sourire de pervers s’agrandit lentement et il rapproche cette abomination près de mon visage. J’hurle.

– Je vous avoues tout ! Je vous avoues tout ! Je vous avoues tout !

Je m’en bats les guiboles. La vérité, je ne sais même pas quoi avouer. Entre mes parties de jambes en l’air endiablées et mes visites chez Zoé, je marchais ce mois dernier au boulot comme une zombie attendant sa prochaine proie.

Je sais qu’il y a eu un raid. Je sais qu’ils ont coffré les trafiquants de marijuana. Je sais que j’ai vu qu’un truc clochait quand on a essayé de remonter à la source avec tous ces mafieux et qu’il y avait une piste quelque part dans le sud de l’Espagne…

– Mais non ! Je suis en Espagne là ?! La classe !

– Top là ?

Le blanco rigole en pointant sa main de la jambe. Bleh ! Je ne peux même pas respirer tellement ça pue de ouf.

– Dégages de là crado ! Je t’ai déjà dit que je vais parler !

Je ne sais pas trop quoi avouer mais bon… Si ça peut me sortir d’ici quoi… Pourquoi pas tenter ?

Le marron entre enfin. Lui pas de soucis. De tous mes malfrats, je lui pardonnes tout. Il peut m’embrocher et me culbuter s’il veut, il n’y a pas de soucis ! La dernière fois qu’il est venu me torturer et que ça m’a chatouillé, entre deux rires, j’ai vu son entrejambe se gonfler. Et si la taille de son szeggue est aussi impressionnante que la bosse qui grimpait toujours plus haut et toujours plus fort dans son pantalon et bien… Franchement… Il y a de pires façons de mourir les gars…

Ça fait combien de jours que je suis dans ce trou ? J’ai soif, j’ai faim et ça me démange là où vous savez… Bah quoi ? J’avais enfin repris une vie sexuelle normale avec Lého dans le coin et maintenant plus rien ! Ça n’aide pas vraiment de savoir qu’avant de me faire cagouler, il gisait au sol les yeux derrière les orbites et la langue pendante. Ah… sa langue… Bref. Où en étais-je déjà ? Ah oui, de la bouffe. Qu’est-ce que je tuerais pour déguster une salade d’avocats là… Avec les bonnes tomates du jardin de tonton Loupiot et puis aussi… Bon ! J’arrête ! Je ravale ma salive et pense à autre chose. Rah… Un gâteau à la banane en dessert… Bon sang ! J’ai la dalle !

Du boucan me sort enfin de mes pensées.

La porte de mon cachot s’ouvre et ils me balancent une petite chose toute frêle. On dirait une gazelle apeurée. Elle pleure et elle est couverte de sang.

Je la regarde sangloter. Je ne sais pas combien de lunes sont passées avant qu’on me fasse voir quelqu’un d’autre que mes ravisseurs. La pauvre. Elle dégouline tellement qu’elle a l’air défigurée. Quelle bande de bâtards.

– Ça va ? 

– Mmh.

– Comment tu t’appelles ?

Elle me regarde d’un air méfiant. J’essaye de la rassurer avec un doux regard mais ma sonnette d’alarme se déclenche d’un coup.

« C’est une espionne. » La voix de Zoé résonne dans ma tête. Comme un ange gardien, veillant sur moi, même à je ne sais combien de kilomètres de là. J’examine la femme de plus près. Elle est couverte de sang oui. Mais il est à peine séché et on ne voit pas de blessures apparente. Pas comme moi en tout cas. Ma lèvre est tellement boursouflée qu’elle ressemble aux saucisses de Toulouse que j’ai l’habitude d’acheter à Lidl.

Elle me regarde plus méchamment et se détourne. Bon. Bah qu’elle se calme celle-là aussi quoi ! À péter plus haut que son cul ! On oublie les civilités et tout ! C’est quand même ma cellule bon sang de bon soir !

Et maintenant quoi ? Je dois la partager avec elle ? Tsss. Je vous jure. La vérité quoi.  

La dernière fois, j’avais le restaurant à moi toute seule. Festivité privée merci bien. La classe. Une vraie VIP. Comme dans les films et tout et tout.

Bon. C’est le dernier jour où j’ai vu la lumière de ma liberté puisqu’ils m’ont kidnappée juste après mon fondant au chocolat mais quand même. Ça compte. 

Ça compte je vous dis. Et au moins ils ont eu la décence d’attendre que je finisse.

Ah… Qu’est-ce que je ne donnerais pas pour pouvoir aller manger tranquillement une paëlla là.

Lého pousse mon verre du bar et se penche vers moi. Ses yeux sont aussi noirs que le charbon. Je déglutine difficilement. Et ben… Le petiot il a bien grandit dis donc.

– Tu es seule non ?

– Euh… Non non, j’ai une chatte à la maison…

Il hausse les sourcils avec son regard rieur.

– Je voulais dire célibataire.

Non mais. Franchement. Je ne peux pas, si ? 

Non, je vais rentrer seule ce soir. Non ?

… 

– Si les arabes ont inventé le téléphone, toi, tu fais dans l’internet haut débit ma parole.

– Non mais t’exagères !

– Bon, je peux en placer une maintenant ? 

– Oui oui, vas-y.

– Tu peux dire ce que tu veux et ressentir toutes tes émotions. La réalité est qu’on est tous complètement seuls.

Zoé détourne ses yeux déjà mouillés. Je tends la main pour essayer de la réconforter mais le garde tousse pratiquement à mon oreille.

Cette affaire ne sent pas bon. Et si il y avait des pourris dans les rangs ? Comment cette herbe a pu être redistribué aussi facilement et où sont passés les gains ?

– Tu me faisais bien confiance. Regardes où je me trouve.

Zoé a raison. Il est temps de regarder ce qui est coincé derrière le frigo.

à suivre…