– Et là ? On fait moins le malin hein ?
Il gigote sur la chaise si bien que j’ai peur qu’elle s’effondre.
– Parles ! Parles ou j’te jure que je vais le faire !
J’incline mon poignet un peu plus. Bah. Il a tellement hurlé quand je l’ai désarmé tout à l’heure que c’est foutu. C’est sûr les autres zozios vont arriver maintenant.
Quel bordel ! Tout ça, c’est la faute à Zoé de toute manière !
J’agite un peu le récipient au dessus de sa tête pour bonne mesure. Son visage est effrayé et dégoûté. Je suis à deux doigts d’éclater de rire et de me pisser dessus. Littéralement pour le coup. Bah, il l’aura bien cherché !
– Bah quoi ? Tu as les chocottes ?
Il commence à trembler. Bien fait pour sa gueule d’abord. Quelle idée d’aller kidnapper un flic aussi ? Le bon sens, ils en ont entendu parler ou comment ça se passe ?
…
– Je ne suis pas estropiée, ça va.
Je m’extirpe tant bien que mal de la voiture de patrouille. C’est mort. C’est mort je vous dis, j’en veux un autre !
Tous ces foutus partenaires et pas un pour en rattraper l’autre ! Je veux qu’on me rende Zoé !
Je pousse la porte du bureau de Tonton Loupiot et m’effondre sur une chaise.
– La vérité, je suis maudite !
– Théa…
– Je suis maudite je te dis !
– Du calme, ça va aller…
Je le regarde les yeux ronds. Non… Il n’a pas osé…
Il tend les mains en signe de reddition et lance un dossier sous mes yeux. La photo de profil de son fils en gros plan. Pas mal, pas mal… Je ne me rappelais pas de cette structure osseuse.
– Il va être diplômé avec les honneurs bientôt, il veut revenir bosser près de la famille. Qui sait ? Tu vas peut-être pouvoir continuer la tradition que ton père et moi a commencé ? Vous devriez aller boire un coup au bar du coin quand il va descendre pour le week-end.
– Tu veux m’inciter à aller boire avec ton fils à peine majeur ?
– Il a 22 ans. C’est un homme maintenant enfin !
– Mmh…
– Bon, c’est pas le tout mais tu n’as pas du pain sur la planche ?
Mon incapable de coéquipier passe la tête à travers la porte du bureau. J’ai une envie soudaine de la lui claquer sur sa sale tronche à celui-là.
– On vient de démanteler un cartel de drogue ! Ils veuillent des yeux en plus.
On ? La blague. Il n’est même pas fichu de se garer sans me rouler sur le pied et le voilà soudain sauveur de pelouses.
Bon, allons voir ça de plus près. Je clopine jusqu’à la voiture. Un petit peu d’herbe là, ça me calmerait bien tiens.
Je me retourne vers l’autre là. Il s’essuie la bouche du revers de la main et se la nettoie sur le bide. Quelle horreur. J’espère que le fils de tonton a gardé des bonnes manières. Le petit Lého là… J’en parlerais à Zoé la prochaine fois que je lui rendrais visite.
…
– Quand je pense que ça fait déjà un an que tu es dans ce trou. Ça me sidère. Tu t’en sors, ça va ?
Zoé lève et hoche tranquillement sa tête.
Je viens lui rendre visite de temps en temps à la prison. Bah oui, elle n’a pas géré comme il le faudrait la justice, elle reste quand même ma perle quoi. Tout le monde fait des erreurs !
– Bon, je dois encore changer de partenaire. L’autre jour, j’ai détaché mes cheveux et laisses tomber. Le gars qui me sert de coéquipier, soit disant, était à deux doigts de se frotter contre ma jambe. Les mecs, je te jure !
– Le fils de Chef Loupiot n’est pas sensé commencer la semaine prochaine ?
– Ah oui… Lui… Euh… C’est-à-dire que… Tu vois quoi… Enfin…
– Tu as salie tes draps avec le fils du chef ? Ta famille par procuration ?
– Hé ho ! Je n’ai pas grandi avec lui, seulement avec ses deux demi-frères ! Bref ! Et toi alors ? Il y a des petits potins dans le coin ou bien ?
– J’ai quelqu’un.
– Sœur. Ta nana a changé de région. Je crois que le message est clair.
– Tournes voir la tête ?
– Quoi ? Je sais que tu essayes de changer de sujet. Laisses tomber, je ne tomberais pas dans le panneau !
– Tu rayonnes.
– Hé hé ! Merci merci. J’ai une nouvelle poudre qui fait des merveilles…
– Ou bien ce sont les hormones…
– Quoi ? Non mais ça ne va pas la tête ? J’ai commencé à saigner hier !
– Moi aussi.
– On est synchro pour la vie quoi !
…
Rien que d’y repenser, ça me fait marrer. L’ironie du sort que voulez-vous ?
Bon. Oui, c’est dégueu. Oui, j’aurais peut-être pu trouver une autre solution de torture. Oui, j’exagère peut-être. Un peu. Rien qu’un tout petit peu. Je l’admets.
Je me souviens la première fois que je l’ai essayé. J’étais dans les chiottes du commissariat, Zoé gardait la porte. Moi, toute paniquée. La vérité je l’ai pensé. Et quand je devrais la retirer, mon vagin, il va rester attaché avec ?
Maintenant, c’est genre, un jeu d’enfants vraiment !
Du coup, quand j’ai réussi à me détacher de mes liens et coincé l’autre gugus là… Bah… Je n’ai pas réfléchi à deux fois avant de me mettre en position de squat et la retirer vite fait bien fait.
Il faut croire que cette capture a fait ressortir l’ange démoniaque qui sommeillait en moi. Je me demande ce que Zoé en penserait d’ailleurs.
Bah ! Elle aurait sûrement fait pire la connaissant.
Mon kidnappeur gigote toujours sous mon emprise.
Relax, je ne vais pas vraiment le faire ! Je veux dire, oui, j’y ai pensé ! Mais c’est bon, il y a des limites quoi.
Je baisse les yeux sur ma Diva Cup.
Bon j’avoue, c’est peut-être pousser le bouchon un peu trop loin…
à suivre…