EPISODE 5 = VENDREDI.

– Wesh tonton ! ça roule ? Bien ou bien ?

Tonton Loupiot se retourne sur lui-même. Il regarde aux alentours. “Théa… Le parking du commissariat, c’est aussi off-limit pour me parler comme ça… C’est pas sensé être clair comme de l’eau de roche que tu as droit à un peu de favoritisme !”

– Ah oui, pardon. Je ne suis pas bien réveillée, je suis venue plus tôt pour cuisiner mon suspect. Wilfried. Et la femme de la première victime, on en est où ?

– Tout porte à croire que le tueur serait de sexe féminin…

– ça collerait au profil. Des meurtres strictement masculins. Des hommes mariés. Des raclures de premier ordre… Trucidés…

Je raconte la conversation que j’ai eu avec le boss à Zoé lors de notre patrouille. Elle s’est garée sur le bas côté pour se concentrer sur mes paroles. Une première pour moi ! Elle s’intéresse enfin à ce que je raconte ! Bah c’est pas trop tôt ! Elle qui est tout le temps multitâches, elle me respecte enfin assez pour avoir une vraie conversation avec moi ! Bon, c’est du boulot mais quand même… Du progrès les gars, du progrès !

– Je l’ai renommé… Attention les oreilles… La Sina… Ouahhh

J’étends mes mains comme si j’imitais une foule en délire. Zoé lève les yeux au ciel. “La sinaaa… La sinaaa… La sinaaa…”

Ma partenaire me fait signe de me taire. Elle augmente la radio de la voiture.

“Alpha à Tango. Alpha à Tango. Répondez. Un appel à l’aide a été confirmé à deux blocs de votre position. Une femme, approximativement 29 ans a été repérée en train de s’enfuir d’une maison. Elle serait recouverte de sang.”

– Tango à Alpha. Bien reçu. En poursuite du suspect.

– Elle serait connue de nos services. Une suspecte sur votre enquête en cours. Une dénommée Linisha.

– La femme de notre première victime…

– Dis-moi, tu vendrais quoi pour sauver ta vie là ?

Il chiale tellement que même mes bouchons d’oreilles ne fonctionnent pas. Punaise. On ne peut même pas éventrer quelqu’un tranquillement quoi… Non mais, où va le monde, je vous le demande…

Pour le calmer, je lui fais un bisou magique avant de le taillader.

– Proverbes 27:6 “Les blessures d’un ami prouvent sa fidélité. Mais les baisers d’un ennemi sont trompeurs.”

J’ai commencé à prendre plaisir à expliquer le pourquoi du comment. Quelque part, c’est un peu comme si je laissais un message derrière moi pour les autres femmes. ça les rassure peut-être que justice soit faite. ça les rend plus braves, plus courageuses, plus enclines à se battre et survivre… Au lieu de subir tout le temps.

C’est un peu comme maman finalement. Peu avant de me demander de nous débarrasser de papa, elle m’avait initié au yoga et à la méditation. On allait toujours à la même salle, Ô Zen. Les femmes y étaient super gentilles et compréhensives. Elles partageaient leur malheurs, prêtaient une épaule pour pleurer, tendaient l’oreille… Moi aussi j’écoutais. J’écoutais tout. Je mémorisais toutes leurs peines.

Je ne sais pas elles, mais repenser à ces souvenirs, ça m’aide à compartementaliser les choses. Ressentir les émotions quand je le souhaite, quand je le veux, comme je l’entends. C’est un peu comme faire un schéma… Comprendre comment ça fonctionne…

J’étudies quoi. J’apprends, je grandis. Je soulève le scalpel pour avoir une meilleure visibilité. Si je mets ma main là… Peut-être que ça me donnera un meilleur accès…

– Mais tu es complètement barjo ma parole ?

Zoé fait une pirouette avec la caisse et manque de peu de percuter Linisha.

La suspecte se met à pleurer. Elle hurle : “C’est Wilfried, je suis sûre que c’est Wilfried ! ça ne peut être qu’elle… Ahhh ! Loïc ! Pourquoi Seigneur ? Pourquoi ?”

– Madame, êtes-vous blessée ?

– Blessée ? Non… Non… Loïc…

Elle sanglote.

On l’a coffre et l’enferme dans la voiture quand on retourne à la maison d’où elle s’est enfuie.

On fait comme on nous a appris. On protège nos arrières. J’entends Zoé crier R.A.S. au rez-de-chaussée. Il ne me manque plus que la chambre…

Au fur et à mesure que je me rapproche, une odeur nauséabonde me prend le nez. Je suis à deux doigts de béger.

Oh. Mon. Dieu.

La chambre est couverte de sang. ça a giclé partout. Au sol, la carcasse du fameux Loïc. Disposée comme un plan. Les intestins, le coeur et son szeggue sont positionnés à côté de son corps. C’est une foutue autopsie. Comme au collège. Il ne manquerait plus que la trépanation tiens.

Ses yeux sont hors de leurs orbites et mis à côté de sa langue découpée. Il y a la signature del asesino del anillo.

La sina… Quelle merdia… Qui va nettoyer tout ça…

Ok. Bon. J’arrête.

Zoé arrive derrière moi.

– Regardes moi ce bordel ! Non mais elle ne se sent plus, c’est sûr. C’est quoi la prochaine étape, elle court dans la rue et assassine les gens dehors ?

– Est-ce que la victime à tout avec elle ?

– Bah, tu ne vois pas sa queue là ??? De quoi un mec a besoin de plus ?

– Regardes comme il a été découpé. Elle cherchait quelque chose.

– Regardes son alliance ! Peut-être qu’il l’a avalé avant…

– B&L pour la vie.

– C’est qui le L ? Linisha ? Merde ! Elle est toujours dans la caisse ?

On retourne au poste de police avec Linisha à l’arrière. La sina a laissé l’alliance de Baptiste sur la langue découpée de la victime du jour Loïc. Zoé m’a signalé qu’il manquait l’annulaire de ce pauvre gars qui s’est vu sa pauvre bite molle découpée. La sina…

Sin en anglais c’est le péché. Qu’est-ce qu’elle fabrique au juste ?

On passe la salle interrogatoire de Wilfried. Linisha le voit, se jette sur lui et commence à le frapper.

à suivre…