J’arrive à l’hôpital, un tupperware de cookies fait maison par Ambre et la photo de la mamie de l’arrêt de bus dans la poche.
Poppy m’approche comme si j’étais un lapin des champs qu’elle ne voulait pas effrayer.
– Dis… Julie… Tu ne m’en veux pas pour Louis ?
– Tu rigoles, j’ai déjà assez de malheurs avec un, d’où tu as cru que je pouvais en gérer un deuxième ? C’est pour ça que la généralité d’entre nous sommes monogames ! On en a assez dans les bras, pas besoin d’en rajouter !
– Oui mais… le code des filles !
– Louis et moi, c’était il y a une éternité ! J’ai trouvé Nguyen… Et il est bien mieux pour moi. Je sais que je suis du genre à chercher le drame dans mes histoires, mais je veux le récupérer… Et il n’a pas l’air de vouloir m’arrêter.
– Le baiser ?
– Le baiser ! Oh. Mon. Dieu ! ça bouche contre la mienne, sa langue dans ma gorge… Il m’avait plaqué contre le mur de ma cuisine tu sais et puis…
– Oui, bon, ça va. On est en public et tu m’excites là.
– Hahaha ! Tu vas appeler Louis ?
– Arrêtes, je m’en veux je te jure…
– Mais allez Poppy ! Je te dis que je suis cool ! Mais bas les pattes d’Nguyen par contre ! Tu le touches et je te trucide !
– T’inquiète ! Ou, au moins, je te préviendrais avant !
– Si tu veux… Attends quoi ?! Non ! Pas touche à Nguyen !
– Tu disais ?
Je me retourne sur moi-même. Nguyen vient de sortir de la chambre de la mamie de l’arrêt de bus. Elle a beau nous avoir interrompu notre baiser ultra supra torride de la mort qui tue, franchement, je l’adore quand même. Je lui tends la photo de la mamie.
– Non… Rien du tout… Tiens, tu peux la lui donner et j’entre à ta suite pour lui faire la surprise, elle sera contente !
– Désolé, le devoir m’attend.
Nguyen s’en va et je l’imagine avec une cape qui vole comme s’il y avait du vent. Bon… Apparemment, il va me faire ramper pour le récupérer. Je ne le blâme pas. Mais bon, ça craint pour les femmes. N’en parlons pas à Manon voulez-vous…
Je retrouve Poppy à la station des infirmières, en train de remplir des papiers.
– Tu ne devais pas voir ta mamie ?
– Je te la fais courte pour finir cette histoire une fois pour toutes.
Elle soulève un sourcil.
– Je te la joues pierre-papier-ciseaux. Tu gagnes, tu fais ce que tu veux de Louis. Tu perds, tu laisses tranquille Nguyen et tu fais ce que tu veux de Louis.
– Non mais, j’en veux pas moi, de Nguyen !
– Mets tes mains !
– En plus de ça, ton deal, il est bidon !
Je parle plus fort : “Pas du tout ! Quiconque s’interposera entre Nguyen et moi, et je créérais une guerre générationnelle ! Nos enfants haïront les enfants de celle qui a voulu piquée mon otarie et leur enfants haïront les autres enfants et ainsi de suite !”
J’espère que l’autre saleté d’infirmière a entendu ma déclaration de Guerre.
– Tes mains !
J’ai ciseaux, elle a pierre.
– Bravo, Louis est tout à toi ! Pas touche à Nguyen !
– Tu es contente de perdre ?
– Oui, mais c’est bien la seule et unique fois !
Cette fois-ci, je regarde directement l’infirmière droit dans les yeux. Elle se fout de ma gueule et je fais la seule chose que je puisse faire. La diva. Je flippe mes cheveux, tournage de popotin et je rentre dans la chambre de la mamie du bus.
– Surprise !
J’ouvre la boîte de cookies devant elle.
– Ma sœur vous a préparé un petit quelque chose.
– C’est bien gentil mon enfant.
– Et ! Aussi…
Je lui rends ses clés et lui tends sa photo. Ses yeux brillent et son sourire s’étire.
– Oh, vous voyez cette petite là ? C’était un bébé des camps. C’est comme ça qu’on les appelait. Ils étaient nés et n’ont connu que la vie dans ces effroyables endroits. Quand elle a débarquée avec sa maman, elle a vu ma poupée et me l’a chipé. Comme ça ! De mes mains ! Elle a rigolé et puis a sauté dans mes bras. Ma mère nous a porté toutes les deux et s’est approchée de la maman de la petite. La maman a fait une grimace et elle est morte comme ça, devant nous. Elle devait être épuisée la pauvre. Quand elle a vu qu’on serait là pour sa petite, je crois qu’elle est morte de soulagement. Après tout ce qu’ils lui ont fait subir…
– Mais pourquoi alors, sur cette photo, vous souriez ?
– Cette petite, je l’aimais comme ma sœur et elle ne quittait jamais ma poupée… Dans toute cette horreur, j’y ai gagné une sœur et jamais je ne le regretterais. Rendez-moi service ma chère enfant… N’attendez pas un évènement trop important pour dire à vos êtres chers à quel point vous les aimez… Personne ne peut savoir de quoi demain sera fait.
Nguyen. Je vais devoir lui dire.
Dans les histoires de couples, il y en a toujours un qui est plus faible. Manon m’avait prévenu. Un qui est plus affectif, plus amoureux, plus démonstratif… Il donne le pouvoir à l’autre et lui dit : Tiens, voici mon cœur, fais-en ce que tu veux, il est à toi.
C’est la seule solution pour qu’on soit à nouveau nous. L’un de nous va devoir plier et l’avouer. Et d’après notre foutue histoire… Il semblerait que ce soit à moi de céder la première.
à suivre…