– Mais du coup, qu’est-ce qu’il s’est passé hier soir ?
Ma sœur a décidé de se prendre quelques instants tranquille sur le trône et elle en a profité pour faire un FaceTime avec moi.
Multitâches ? J’en doute ! Tsiou. Je vous jure.
Je lui raconte la suite de cette très longue journée d’hier.
Quelqu’un tocque à ma porte. J’ouvre pour découvrir Nguyen, trempé par la pluie, grisonnant par les évènements et toujours avec ses éclairs de colère dans les yeux.
– C’était qui le mec de la réserve ?
– C’était quoi cette histoire d’infirmière dans la salle de garde ?
Pour le coup, on a tous les deux des choses à se reprocher. Même si, je suis la plus à blâmer.
– Elle s’est jeté sur moi. Je l’ai repoussé.
– Je l’ai vu t’embrasser. ça faisait un moment que je n’avais pas vécu ça non plus.
– C’est toi qui est partie sans rien dire.
Outch. Pas faux.
– Je ne pensais pas vraiment que tu me voulais.
– Je t’ai appelé. Je suis de garde là, et la seule pause que j’ai eu, j’ai traversé les orages pour te trouver.
– Et ?
– Et ? Comment ça, et ? Et il est où alors ce gars ?
– Il n’est pas là. Il n’est rien pour moi.
– Elle n’est rien pour moi non plus.
– J’ai cru…
– Quoi ?
Je détourne les yeux. C’est trop la honte de dire ça. Merde. On n’est pas dans une télé novela quoi !
Le silence s’installe. On ne peut entendre que le grondement des Dieux et la colère des Déesses.
Ou ce sont peut-être nos âmes qui pleurent trop fort. à ce stade, je ne sais plus.
La dernière fois qu’il a plu comme ça, j’étais chez lui. Avant le Covid, avant ma lâcheté, avant que tout ne s’effondre.
Après une danse sensuellement préparée pour Nguyen, je me suis mise à califourchon sur lui. Il m’a embrassé avec ardeur. Une passion qui m’a surprise au départ, moi qui ne le pensais que doux et gentil.
Apparemment, chaque personne a deux facettes, même les meilleurs d’entre nous.
Pfiou.
Rien que d’y repenser.
Ses mains agrippant le dessous de mes fesses, sa langue si chaude et si habile… On y était presque. On allait vraiment passer à l’étape d’après frottage de corps.
C’est là que son petit frère a débarqué. Il a tout gâché. Il a tué toute possibilité. Il s’est installé à côté de nous, s’est allongé, complètement aveugle à ce qu’on était en train de faire.
Oui, bon, il a traversé une mauvaise passe et avait besoin de son frère. C’est compréhensible. Mais quand même…
– S’il devait se passer quelque chose entre nous, ça se serait déjà fait.
– Qu’est-ce que tu veux dire ?
Mon cerveau. Je n’arrive pas à éteindre mon cerveau. Trop de pensées se bousculent, trop d’images devant les yeux, trop de mémoires et blessures passées.
Il y a trop d’obstacles entre nous. ça n’aurait jamais pu marcher.
Et comme s’il lisait dans mes pensées, il soulève mon menton, me regarde avec détermination et se penche sur mes lèvres.
Son souffle est chaud. Son baiser profond. Langoureux. Du genre à vous faire coller votre torse au sien parce que vous avez faim de plus de contact. Du genre à vous faire vaciller vos chevilles et ne plus pouvoir tenir sur vos pieds.
C’est quoi mon nom déjà ?
Le bruit de la chasse d’eau me ramène au présent. Ambre sort des toilettes et me pose sur le lavabo pour se laver les mains.
– Mais non ! Il t’a embrassé ?! Il t’a roulé une galoche ? Genre, léchage en règle et tout ?
J’expire. Oui. Il m’a galoché comme jamais auparavant.
Et puis, il a reçu un coup de fil, il a répondu. Et à peine un trajet de taxi plus loin, on a débarqué tous les deux à l’hôpital.
– Mon enfant, qu’est-ce que vous faites ici ? C’est dangereux…
La mamie de l’arrêt de bus a été transporté par les ambulanciers.
– Quand j’ai entendu l’adresse, j’ai su que c’était vous. Où est votre fils ?
Des larmes perlent aux yeux de la mamie. Oh non…
– Je ne veux pas que ça vous touche aussi.
Elle essaye de me repousser.
– Je ne vous laisserais pas ici toute seule.
Je croise à nouveau le regard d’Nguyen. Encore une autre opportunité manquée. Combien de signes nous faut-il avant de comprendre ce que l’univers essaye de nous dire ?
– Et la mamie va bien ?
Ma sœur me rappelle encore une fois à la réalité. Je suis crevée.
– Oui. Pour l’instant. (Encore mon tic de langage de l’entreprise du diable.) Je suis restée avec elle jusqu’au petit matin, et après Poppy est arrivée et elle m’a chassé. Elle a dit qu’elle l’a traiterait comme une VIP.
Sauf que Poppy traite tous ses patients comme des VIPs.
Avant de partir, la mamie m’a demandé de passer récupérer quelque chose chez elle.
– Je repasse la voir demain.
– Attends après demain plutôt, je t’envoie un colis prioritaire.
Ambre a toujours eu un côté maternel super développé. Un jour, elle fera une mère incroyable. Elle m’envoie un colis de gâteaux sucrés et salés à donner à la mamie.
Je n’arrive pas à chasser son regard implorant de ma tête.
– S’il vous plaît mon enfant, je dois avoir cette photo avec moi, vous savez où tout se trouve. S’il vous plaît, allez la chercher pour moi. J’en ai vraiment besoin. Je ne peux pas rester ici sans elle…
à suivre…