Saison 1 / Episode 6 : Nguyen, Louis… Louis, Nguyen ?

Je me retourne à nouveau dans mon lit.

J’ai beau boire de l’eau, ouvrir la fenêtre, fermer les yeux, essayer de méditer, je n’arrive pas à m’endormir.

Je me repasse les images de la journée dans la tête. Foutu hôpital de malheurs.

C’est pas sensé être un endroit où on vient pour se guérir ? Trouver des solutions à nos problèmes ?

Au lieu d’en créér d’autres là !

Je me revois à la cantine. Louis est de l’autre côté du comptoir, la saleté d’infirmière est en train de repartir avec ses deux plateaux.

Elle est derrière les battants de la porte. Elle se retourne et me regarde.

Ses yeux…

Dans ses yeux, je le vois.

Elle me dit qu’elle a gagné.

La porte de la salle de garde s’ouvre pour montrer Nguyen qui l’invite à entrer.

Je reste de l’autre côté du comptoir, dans la cantine, tétanisée. Je ne peux pas bouger. Je ne peux rien faire.

Ces quelques secondes me semblent être une éternité. J’ai l’impression de voir tout au ralenti et je ne peux rien faire pour l’arrêter.

La porte de la salle de garde est encore entrouverte, elle a déposé les plateaux depuis longtemps. Avec un mouvement de tête, elle se penche pour l’embrasser.

Elle le fait reculer et ferme la porte derrière elle.

Merde.

Qu’est-ce que je fais ?

Les larmes commencent à monter.

Louis tend son bras pour me prendre la main.

Mon attention se reporte dans la cantine, à l’intérieur des hublots. Là où il ne s’est rien passé. Là où Nguyen n’est pas en train de peloter une putain de chaudasse d’infirmière.

Je regarde la main de Louis sur la mienne. On a tous les deux des gants.

Je ressens de la rage, de la peine, de la douleur… J’ai des envies de vengeance.

Je repère une réserve vide. J’agrippe Louis et l’embarque dans la salle. Il est tout content cet enfoiré.

Il commence à déblatérer sur le bon vieux temps, à essayer de faire des commentaires vaseux sur la chance qu’il s’apprête à vivre mais qu’il est trop fier pour montrer. Les mecs comme lui, c’est paraître “cool” avant tout.

Je le fais taire en scellant ma bouche à la sienne.

Ce mec se déshabille aussi vite que Speedy Gonzalez.

Wow.

Son corps capture le peu de luminosité de la pièce parfaitement. Son torse ressemble toujours à celui de Magic Mike.

Wow.

Tema cette pilosité de ouf ! Punaise ! Les gens ils sont poilus en fait !

Cet aspect rugueux sur ma peau ne m’avait pas manqué.

Un flash traverse mes yeux et m’emporte à cet après-midi dans le parc. Nguyen ne s’était pas rasé depuis quelques jours, un début de barbe avait poussé et il s’amusait à frotter ses joues contre les miennes pour me chatouiller…

Louis me ramène à la réalité en me posant sur un truc. Je ne sais même pas ce que ça peut-être. Une première pour moi qui d’habitude me souvient de tout et qui ressent tout dans les moindres détails. Déformation professionnelle, j’imagine.

Ses mains remontent le long de mes cuisses. Bizarrement, je ne suis pas aussi mouillée que d’habitude. Clairement rien, comparé à nos ébats à la fac.

C’est ça notre vie maintenant ? Nguyen et moi, on va s’envoyer en l’air chacun de notre côté dans les pièces voisines ?

C’est vachement tordu, même pour moi !

Non mais c’est quoi ce délire ?

Louis se penche sur ma nuque et m’embrasse le cou.

Non.

Pas mon cou.

C’est trop intime.

C’est trop aphrodisiaque.

ça veut dire qu’il va se passer plus que ce que mes yeux ont vu dehors.

Mon cou, c’est ma zone érogène sacrée.

Nguyen, lui, il l’a mérité.

Nguyen…

Merde.

Non.

Stop.

– Arrêtes ! Arrêtes ! Arrêtes !

Je le repousse de mes mains du plus fort que je peux.

Il trébuche sous le choc mais se rattrape de justesse.

Mais qu’est-ce que je fais là ?

Nguyen, c’était un mec bien. C’était un mec sur qui je pouvais compter, c’était un gars qui avait des vrais sentiments pour moi. C’était pas de l’infatuation comme les autres… Nguyen, c’était différent. Et j’ai tout gâché…

Louis se rapproche pour une nouvelle tentative plus douce, je le repousse. Il a son pantalon aux chevilles, les gants qui traînent partout par terre avec sa chemise.

Je me rafistole assez pour ressembler à quelque chose. J’ouvre la porte et la lumière me saisit.

Je referme ma porte au même moment où Nguyen referme la sienne.

On se regarde sans bouger ni parler.

Nos deux portes s’ouvrent à nouveau pour découvrir les deux intrus. Ceux qu’on a laissé s’immiscer dans notre bulle, notre cocon, notre relation.

Un éclair de colère traverse nos deux regards. Je suis un peu perdue. Je ne sais pas vraiment pourquoi nos réactions sont aussi simultanées.

J’entends les rires de Kaori et Manon dans la cuisine.

En parfaite harmonie, on repart sans un mot chacun de notre côté, en voulant toujours se punir l’un l’autre.

Mais c’est quoi ce délire ? On a quel âge ma parole ?

Apparemment, une fois rentrée à la maternelle, on y sort plus. C’était quoi déjà l’expression que j’avais entendu ?

“Tu peux quitter un jour l’école mais l’école sera en toi à tout jamais.”

Apparemment nos comportements enfantins aussi je me dis, en rejoignant mes amies.

Un coup de tonnerre me ramène dans mon studio. Quelqu’un tambourine à ma porte.

à suivre…