L’intérim, c’est du boulot au bon vouloir des employeurs.
Quand on t’appelle, tu te lèves, et tu y vas.
Du coup, lorsqu’on me dit de venir faire le réassort des produits dans un magasin alimentaire à 20h, et que ça va durer probablement jusqu’à 2h du matin, je ne me pose pas de questions. Ils nous payent double en horaires de nuit non ?
Mon seul soucis, c’est que je vis dans un quartier… Un petit peu… Comment dire… Avec une communauté nocturne déplaisante, voilà.
Bah quoi ? On ne sait jamais qui peut bien lire ce journal enfin ! Mes amis ! (P.S.: Je vous adore, ne croyez pas.)
Donc ! Je disais ! Pour me parer, j’ai donc appelé ma meilleure moitié Manon !
Ma Manon, je la connais depuis… pfiou ! Une éternité ! Toute ma vie j’ai l’impression !
Non, c’est faux. Pour tout vous dire, j’ai l’impression que ma vie a commencé quand je l’ai rencontrée. Elle et toutes mes amies adorées !
Qu’est-ce que je vous disais déjà ?
Ah oui ! Manon !
Je me rappelle très bien de notre première rencontre.
Mon premier jour de fac, loin de ma province, seule et ne connaissant personne.
Je suis arrivée masse de temps en avance pour voir qui allait se pointer au cours non-obligatoire d’économie 101.
Les gens arrivaient soit par groupe, soit seul mais avec ce regard qui veut tout dire. J’entends : Foutez-moi la paix.
Du coup, je suis restée tranquille dans mon coin, à n’embêter personne et me résignant à ne pas avoir d’amis ici. La loose comme Brice de Nice l’a dit.
Le cours a commencé, le prof, fixant ses feuilles et n’en ayant rien à carré qu’on soit 100 ou qu’il soit tout seul. Le gars est là juste pour rentabiliser le cours tout préparé qu’il a acheté sur Internet et qu’il va réciter année après année… Jusqu’à la douce délivrance de sa retraite. à force, il doit connaître son texte par cœur, non ?
C’est à ce moment que Manon a décidé de faire son entrée fracassante.
Je dis ça parce qu’elle a poussé la porte si fort contre le mur que j’en ai senti les vibrations jusque dans ma chaise.
Elle s’est avancée vers moi, confiante, Boss Lady, je m’en foutisme total de tout le monde.
Cette meuf, c’est la représentation de “I’m not a Bitch Boss. I’m your Boss, Bitch.”
Avec la seule place de libre à côté de moi (Merci Seigneur), quand je vous dis que je lui ai sorti tout mon charme… Les gars, j’ai graissé le cochon, je l’ai fait mariner de ouf et j’ai massé sa viande pour qu’elle soit bien tendre !
à la pause, je l’ai accompagné aux toilettes comme toute nana faisant partie d’un squad se le doit, et j’en ai profité pour lui demander : “Comment tu fais pour être si forte ?”
Elle m’a répondu : “Quoi ? Tout à l’heure là ? Je ne pouvais pas respirer ! Tu sais combien de gaines j’ai en dessous de mes habits ?”
Et là, elle soulève son haut pour me montrer les couches de cage à saucisses couleur chair qui enveloppent son corps.
On a commencé à glousser.
“Tu croyais que c’était naturel ? Ecoutes. J’ai tellement de trucs qui maintient tout en place, je ne sais même pas où se trouve ma propre peau !”
Ta dam !
Depuis, Manon et moi, on est inséparables. Comme les oiseaux.
Elle a beau travailler dans le monde des requins du business et avoir laissé de côté l’art, elle et moi, on est soudées pour la vie.
On se soutient quoi qu’il arrive, quelques soient nos choix. Un peu comme Ambre et moi.
On est toutes sœurs.
D’ailleurs, ma sœur Ambre et elle ont eu une rencontre un peu similaire à la nôtre… Je vous raconterais !
En attendant, revenons à nos moutons voulez-vous !
Vivant toute seule dans un quartier de paumés (pardon, mais il n’y a que la vérité qui blesse !), j’ai appelé Manon en renfort pour qu’elle vienne me raccompagner chez moi. à 2h du matin, c’est sûr qu’elle, elle sera réveillée! Et en plus, elle habite juste à côté ! Coïncidence ?
Mais non ! Dans la vie, il n’existe pas de hasards. Pas dans la mienne en tout cas.
Elle m’attend à la sortie et on commence à rentrer. C’est une nuit claire et il fait un peu trop chaud pour un début de printemps, mais c’est agréable de marcher tranquillement.
Au détour d’une rue, on aperçoit un groupe de nanas.
En se rapprochant, on se rend compte qu’elles placardent des affichages féministes pour dénoncer les abus fait aux femmes.
Je lui chuchote : “Peut-être qu’on devrait les laisser faire leur truc tranquille non ?”
Le groupe se retourne vers nous et elles sont à moitié soulagées d’être tombées sur nous plutôt que sur les cambrioleurs du quartier (oui, enfin, ça, c’est une autre histoire les gars !)
Ni une, ni deux, Manon se faufile dans le cercle et avant qu’aucune d’entre nous puisse réagir, elle prend un rectangle blanc et le colle à la suite de la lignée.
Les autres commencent à l’applaudir doucement. Bah oui, il ne faut pas qu’on se fasse choper ! Elle leur sourit et me regarde.
Je n’ai pas bougé de notre spot, bouche bée. Je ne sais pas quoi faire de moi-même. Manon se penche pour récupérer le pinceau dans le pot et me le tend.
– Si tu dois ouvrir ta bouche, autant laisser derrière toi un message percutant.
à suivre…