Episode 14 : Nguyen. Tout est fini maintenant ?

Je me réveille ce matin avec la pluie frappant contre ma fenêtre.

Je vous annonce la couleur tout de suite, mon humeur est exécrable ! Et oui ! Je sais aussi utiliser des grands mots ! Y a quoi ?

C’est la fin du confinement. Le Président de la République française en cette année 2020 nous a dit : “Restez chez vous pour sauver des vies. Limitez les déplacements pendant 2 semaines.”

C’est bon maintenant. C’est fini, non ?

Je sais que je devrais être super contente, mais rien que l’idée d’aller retourner bosser, ça me donne des sérieuses envies de me frotter contre un malade.

Je rappelle Janice, Rachel, Monica et Phoebe du coup. Apparemment, elles vont bien.
Cette entreprise, ce n’est pas la joie, mais il n’y a pas que des pourris dedans. Ces pauvres nanas là, qui n’ont rien demandé et qui ont chopé cette merde…

Je les connais à peine mais franchement, même moi ça me pince le cœur de savoir qu’elles l’ont eu.

Après, on sait tous que dans la distribution de Friends, Julie n’était pas faite pour finir avec Ross. Et comme je n’aime pas les chats… Techniquement, c’est le destin qui a parlé quoi.

Leur groupe et moi, ce n’est pas fait pour durer… Comme cette entreprise de malheur d’ailleurs.

C’est un signe de Dieu, tout cuit et prêt à être manger.

Je prends mes ovaires à deux mains (métaphoriquement parlant, déconnez pas les gars) et je téléphone à ma chef de l’entreprise du Diable.

Ne décroches pas… Ne décroches pas… Ne décroches pas…

– Allô ?

Merde !

– Oui ? C’est Julie à l’appareil.

– Salut Julie ! Dis-moi, tu nous reviens quand du coup alors ?

Je peux visualiser derrière le sourire dans sa voix, les portes de l’enfer s’ouvrir et présenter ses flammes.

Je pense à l’ironie du sort. Moi qui avait peur de me faire virer, c’est finalement moi qui vais les larguer.

– Julie ?

Je

Mis
Sion
Ne !

Vous m’avez bien entendu ! Je Démissionne ! Je me casse ! Je mets les voiles, je prends mes clics et mes clacs et à la revoyure !

– Oui. Je suis là. Après une longue réflexion, j’ai décidé de mettre fin à ma période d’essai. Je vous remercie de respecter ma décision personnelle et d’entamer les procédures légales pour conduire à ce fait. Bonne journée, au revoir.

Je raccroche avant qu’elle ne puisse me jeter ses foudres. Voilà une bonne chose de faite.

On recommence à nouveau ! Nouvel endroit, nouveau boulot, nouvelle vie. On se débarasse du vieux, pour faire place au neuf !

J’ai toujours cru que j’étais Cristina dans Grey’s Anatomy. La vérité, c’est que je suis plutôt du genre Izzie. Sauf que elle, elle a eu un cancer et un fiancé mort.

Moi, je n’ai toujours pas les symtômes du Coronavirus mais c’est vrai qu’à bientôt 30 ans, je n’ai toujours pas non plus de fiancé. C’est la merde. Je fais quoi de ma vie, déjà ?

Si le confinement est terminé, ça veut dire que le plus gros est déjà passé. Mais les hôpitaux vont galérer encore un moment.

Nguyen il est gentil et tout le tralala mais j’ai besoin de contact physique.
Et je me vois mal l’embrasser à travers un masque chirurgical pour le reste de l’année.

Hier, je pensais vraiment arriver enfin à mes fins.

Mon piège (comprenez mes jambes) s’est abattu sur ma proie (elles l’ont coincé le coco !)

Je croyais avoir gagné. Jusqu’à ce qu’il me retienne les mains en l’air, pleines de crème.

– Attends, m’a t-il arrêté. Moi aussi, j’en ai très envie (le morceau de bois sur lequel je suis assise me rassure dans ses propos). Ce n’est vraiment pas prudent. Comprends moi, j’essaye juste de nous protéger. De te protéger.

Mouais… Ou alors, il a juste eu sa dose à l’hôpital et ne veut pas risquer de se faire choper en me refilant une MST !

Bref. Je suis donc allée au lit, encore une fois frustrée.

Cette vie là, je ne sais pas si ça me convient en fait.

Je sais que c’est ce que j’ai toujours rêvé mais j’ai besoin de prendre de la distance. De voir la situation dans sa globalité.

Il faut que je sorte d’ici. Je ne peux pas réfléchir clairement avec toute sa douceur qui m’encombre les sens.

Il faut que je quitte ce cocon. Ces quatres murs qui ont été mon fort mais aussi ma prison.

On entend les hurlements des gens dehors. Il doit être 20h. Depuis le début du confinement, tous les soirs, les gens se postent à 20h précises pour hurler depuis leur fenêtre dans les rues pendant une minute complète. On remercie comme ça, tous les gens qui sont dehors et qui nous aident à rester vivants.

Je veux vivre moi aussi. Vraiment.

Je prends mes trois valises et je rentre chez moi dans la fraîcheur de la nuit.

Je me déconnecte de tous les réseaux sociaux, je range et m’occupe dans ma maison.

Il n’y a quand même rien à faire. Je tourne et retourne la situation dans ma tête. Merde. Mon otarie moi, je l’aimais vraiment bien !

Je suis chez moi. Pas malade. En recherche de boulot. Et seule.

Si la quarantaine est enfin finie, est-ce que ça veut dire que Nguyen et moi, on a rompu aussi ?

Vous vous attendiez à quoi les gens franchement ? Je vous avais bien prévénu qu’ici, je vous partagerais mes malheurs de la vie.

Fin !