Episode 10 : On se moque moins, là, hein ?

Il a fallu une catastrophe naturelle pour qu’avec ma soeur, on redevienne nous même à nouveau l’une avec l’autre. Attendez. ça n’a pas de sens.

Depuis cette histoire de Coronavirus, ma soeur et moi, on se parle tous les jours. Et on n’en a toujours pas marre l’une de l’autre.

Voilà, c’est mieux.

Je vous jure. Concrètement, on a fait notre vie chacune de notre côté. Elle, restant dans notre province, s’installant en campagne et moi, adepte de la ville et abusant des chaînes de restaurants.

Mais maintenant, qui est-ce qui peut sortir tout le temps dehors ? Profiter du beau soleil, d’un jardin privé et d’un barbecue à disposition ? Bah, c’est pas bibi !

Elle a sa ferme d’animaux, sa forêt derrière chez elle pour se promener, des poulets presque inexistants parce qu’ils sont trop fainéants pour les verbaliser (étant donné qu’on leur donne toutes les raisons pour nous taxer en ville).

Alors ces villageois finalement, et bien, pas de problème de courses, aucun soucis pour sortir et la distanciation sociale c’est rien là bas, avec leur patelin à 10 habitants !

Alors que nous, si on respire de travers, on pollue toute l’atmosphère !

ça me fait penser à ces extrêmistes se préparant à l’apocalypse et les hypocondriaques qui nous ont fait flipper de leur névroses… En attendant, ils vivent la belle vie tandis que nous, on chiale parce que le kebab du coin, il a du fermer !

Tout ce que j’ai à dire, c’est que, c’est bien fait pour notre gueule, voilà c’est tout. Notre enfermement, on l’a bien mérité. ça s’appelle le karma, et pour le coup, il nous fait payer, à tous et sans exception, notre jugement.

Franchement, ce n’est pas très glorieux à voir.

Je suis sûre que comme moi, pour vous préparer, vous avez à nouveau regardé les films de la fin du monde. Arrêtez de mentir, on l’a tous fait, ça va ! Juste pour voir ce qu’il allait se passer. Juste pour savoir comment on allait tous crever.

Vous avez remarqué que, dans ces films, tous les survivants étaient trop beaux ? Une coupe de cheveux toujours niquel, un corps de ouf, pas un poil qui dépasse !

Quand je vous dis que depuis cette révélation, je me coiffe chaque matin, je me rase tellement que je ressemble à un chat hideux et tout rose là, la peau toute frippée, et que je me suis enfin mise à faire des séries d’abdos (pourquoi Seigneur ?)… ce n’est pas des blagues !

Bah quoi ? Je mets toutes les chances de mon côté, vous croyez quoi vous ? On ne sait jamais, au cas où…

Au point où j’en suis, vous aurez beau dire, je suis totalement française ! Vous comprenez quoi… Compte tenu de la situation sanitaire du moment, mesdames et messieurs, je me permets de vous informer que, et bien, c’est chacun pour sa gueule, voilà. En vous souhaitant, bien entendu, bonne chance. Cordialement, Julie.

Et bah oui, vous croyez quoi au juste ? J’assure mes arrières légalement parlant… Et autrement parlant aussi, mais là n’est pas la question. ll ne manquerait plus que la Terre entière soit complètement dévastée et que, le seul bâtiment restant, ce soit le tribunal ! Ce serait, mais d’un comique ! Je vous jure quoi.

Bon, j’avoue, ressemblant à quoi je ressemble, j’ai plus de chance de mon côté. C’est vrai qu’avec mes yeux bridés et ma peau plus foncée, je sais que vous faites pâle figure à côté de moi… Mais ce n’est pas de ma faute si Dieu a décidé de passer plus de temps à me créer que le reste d’entre vous. De toute façon, pourquoi vous vous plaignez encore, c’est reconnu que les asiatiques, en classe, étaient les chouchous des professeurs. Pour le coup, je suis arrivée au bon temps et au bon moment voilà !

Bon. Je m’excuse. Le confinement, ça me fait dérailler. Il n’y a personne pour me remettre à ma place clairement. Donc je suis toujours en transe. Vous croyez que, quand ce sera fini, on reviendra à la normal où, est-ce que là, c’est clairement foutu pour nous ?

Non mais je vous dis ça parce que, sur les réseaux sociaux, c’est clairement le moment pour les écologistes de nous en foutre plein la tronche quoi.

On est tous pourri finalement. Même si parfois on essaye de faire du bien. On reste des êtres humains. Genre, concrètement, on est destiné à faire erreur sur erreur, en apprendre et les appeler expériences pour pouvoir mieux dormir la nuit. Parce que “ces expériences”, je n’ai pas besoin de vous convaincre, quand je vous dit que, j’ai fais part. J’en ai eu mon lot. J’ai porté mon dû. Enfin, vous avez saisi quoi.

Par exemple, comme toute fille devenant femme, je ne suis sortie pendant très longtemps qu’avec des mauvais garçons. Enfin, pas non plus un nombre extravagant, calmez-vous les gars, je suis toute petite quand même.

Mais du coup, c’est vrai que je me suis pas mal moquée des gentils garçons. Je disais qu’ils étaient trop chou, trop adorables, trop mignons… Comme si c’étaient des animaux.

Sans savoir que, c’était finalement des gars comme Nguyen, qui seront à même de me transporter et de me soutenir pour voler…

Quand je me serais decidée enfin à réaliser tout mon potentiel.

à suivre…