Episode 9 : Cette pause sur notre vie, ça fait réfléchir quand même.

Ce n’est pas que je ne veuilles pas grandir. Comme la plupart des gens, j’ai des rêves aussi.

C’est juste que mon orgueil et ma fierté m’en empêche.

C’est comme si, au lieu d’avoir un petit ange et un petit démon sur mes épaules, j’ai à la place ces deux chieurs là. Qui m’empêche de réaliser tous mes objectifs.

En même temps, je crois dur comme fer que je ne peux pas y arriver toute seule ! Vous connaissez le proverbe : “Tout seul, on va vite mais ensemble, on va loin !”

Et je crois véritablement que c’est vrai. Je sais je sais, je me répète. Mes grands-parents se sont soutenus coûte que coûte, mes parents sont aussi solides que de la pierre et tous mes amis me montrent l’exemple de couple qui se soutiennent à travers les épreuves !

Alors moi, et bien, je veux y croire à tous ces contes de fées !

Donc oui, j’écris. Je veux voyager à travers mes écrits, moi qui n’est jamais allée plus loin que les 100 bornes d’où j’ai grandis. Et la seule raison pour laquelle je suis partie aussi loin, c’est parce que ma province était trop petite pour avoir un atelier d’écriture et de théâtre digne de ce nom. Une fois entrée dans l’Opéra pour la première fois, j’ai décidé de ne plus jamais quitter cet endroit.

C’est familier et rassurant et impressionnant. Quand je suis là bas, c’est magique. Les danses sur cette scène géante, les échos de ces musiques qui nous transportent dans un univers fantastique. Je vis pour avoir des étoiles pleins les yeux. Tout ça depuis ce jour, où la seule école d’arts martiaux de mon minuscule patelin, s’est décidé à faire des réprésentations de théâtre pour introduire la culture asiatique aux visages pâle.

C’est-à-dire qu’on a bien vu comment ont fait les autres colorés avant nous, du coup, on a trouvé une autre tactique pour s’en prendre un peu moins dans la gueule quoi. Ce n’était pas le succès escompté mais ce n’était pas la totale défaite non plus. On ne les fait pas chier et pour la majorité, on n’a juste à supporter leurs commentaires. Une victoire pour nous !

Et maintenant, vous savez tout ! Pourquoi on se regroupe autant entre nous ! Non, les gars, on n’essaie pas de vous envahir ! On se rejoint pour nos mentalités similaires.

Bon. Oui, parfois, ça implique avoir masse de gosses.

Ce n’est pas de notre faute si on est aussi fertiles ! J’ai grandi dans une très grande famille et je veux ma propre équipe de basket à moi aussi.

C’est aussi pour ça que j’écris. Pour pouvoir être une femme qui travaille depuis la maison tout en m’occupant des mioches. Mais j’avoue, avec 5 en vue, je vais avoir besoin de place.

Je regarde autour de moi. C’est vrai que j’ai beaucoup de chance quand même… Vous vous imaginez si je serais restée chez moi, dans mon tout petit studio ?

Je serais devenue folle à tourner en rond comme un poisson dans un bocal !

Là, j’ai un très large trois pièces pour m’occuper.

Bah oui, c’est à dire que la majorité des mecs et la déco, c’est un peu comme si on nous demandait si nous les jaunes, on savait faire du piano. Une évidence quoi ! Pour le meilleur… Ou pour le pire !

Vu ces horaires de malade mental, Docteur Nguyen en herbe a tout stocké dans la chambre d’amis. Ses soeurs ont fait la majorité du boulot en s’occupant de tous les essentiels à avoir chez soi, mais évidemment, vu le peu de temps qu’il a, il a tout stocké dans ce bureau et procrastiné la tâche pour plus tard. Il n’a pas eu de mal, pourtant, à ranger toutes mes affaires…

Bah moi, je n’ai que ça du temps ! Et il m’a clairement fait comprendre que je suis chez moi ici ! Alors, je préfère plutôt mourir que de vivre dans un appartement aussi grand sans avoir plus qu’un lit et un fauteuil devant une télé géante ! Bon. Oui, j’exagère. Mais vous savez très bien de quoi je parle. Les mecs et leur grotte d’homme des cavernes là. Une calamité je vous jure.

Je me transforme pour la journée en Bob le bricoleur, en installant tout dans l’appartement et en faisant du ménage. Les docteurs, les gars, ils sont blindés de tune sérieux.

Nguyen a une stéréo avec des écouteurs, tu crois être sur scène avec le chanteur quoi.

Je me mets un petit Perfect d’Ed Sheeran et je m’installe sur le canapé du salon immense tout en me relaxant avec l’odeur des bougies allumées, trouvées dans un carton.

Franchement, en regardant autour de moi, c’est une vie dont je n’aurais aucun mal à m’acclimater.

La porte d’entrée s’ouvre pour me faire découvrir un Nguyen bien fatigué. Il s’arrête quelques secondes et je vois bien sur son visage qu’il se demande si il ne s’est pas trompé d’appartement. J’en rigole.

– Je m’ennuyais. Et d’abord, c’est toi qui a commencé en déplaçant mes affaires !

– Il faut qu’on prenne des photos pour les envoyer à la famille. Depuis le temps qu’ils me tannent pour faire quelque chose de cet endroit, tu nous en a fait une maison.

Il s’approche et me tend la main.

– Danses avec moi.

Il m’enveloppe dans ses bras et respire mes cheveux.

Ce mec, je ne sais pas d’où il débarque, mais franchement, ça ne vous fait pas rêver vous ?

à suivre…