Bon. Les vrais français. Ceux qui sont honnêtes, vous diront la vérité sur la mentalité d’ici. Même s’ils aiment la France. Même s’ils aiment leur patrie. Même si, pour rien au monde, ils ne changeraient qui ils sont.
On a tous des défauts. Chaque culture, chaque race, chaque individu. Certains essayent d’évoluer et grandir, et d’autres se contentent paisiblement de rester dans leur confort.
Etant première génération d’enfants d’immigrés, j’ai ma culture vietnamienne et j’ai appris la culture française. Je m’y sens bien parce que je sais exactement à quoi m’attendre. Les surprises, il m’en tombe assez souvent dans ma vie. Pas besoin d’en rajouter.
Du coup, quand ils nous ont dit que le Coronavirus a envahi la France, qu’il fallait rester chez nous et que tout ce passerait bien, on a tous flipper et on s’est mis en quarantaine.
Et puis, la nature du bon vieux français revenant au galop, après une semaine de nuages, au premier rayon de soleil, on est tous ressorti dehors se poser le long du fleuve.
Bah quoi ? Ils ont clairement dit que le virus était gros et qu’il détestait la chaleur. Du coup, on est allée se faire dorer la pillule au soleil.
Ce n’est pas vraiment que l’on soit inconscient, c’est surtout qu’on s’en fout un peu de ce que les autres peuvent brailler. C’est vrai quoi, moi je ne suis pas touchée par cette maladie, pourquoi je devrais m’en préoccuper ?
Au même moment, je vois passer une mamie dans la rue, avec son chariot, rentrant des courses. Elle n’a presque rien ramené avec elle. Elle veut que je l’aide à monter la grosse marche pour accéder à l’arrêt de bus. Elle porte des gants en cuir donc je lui ai tendu la main. J’ai pris son petit chariot pour le soulever lui aussi et la ramener à elle.
– Surtout lavez bien votre poignée de chariot et vos gants madame, je ne voudrais pas vous faire de mal, je ne me le pardonnerais jamais ou sinon.
– Ne vous inquiètez pas ma petite, je le laverais bien. Ce qui m’embête c’est de devoir retourner faire tout ce trajet demain. Avec le peu de bus qu’il y a…
– Mais madame, on vous a dit de rester chez vous enfin, c’est dangereux ce virus pour vos petits poumons.
– Je sais bien, et je me protège comme je peux. Mais je n’ai plus de provisions pour la semaine. Normalement, c’est mon fils qui fait les courses pour moi. Mais, voyez-vous mon enfant, il est tombé très malade et ne veut pas risquer de m’infecter. Alors je dois venir par moi-même, affronter tout ce nid de bactéries.
– Non non non madame. Voilà ce qu’on va faire. Il y a un groupe d’entraide par quartier. Vous allez me donner votre adresse exacte et puis, je lancerais un appel à l’aide sur le groupe de votre quartier pour que des gens qui ont pris toutes les précautions, fassent en sorte de venir vous apporter assez de courses pour les deux semaines de confinement. On est d’accord ? Vous ne sortez plus de chez vous.
– Merci mon enfant, vous êtes bien gentille.
– Ce n’est rien madame, je suis stupide mais j’apprends de mes erreurs.
Vous vous doutez bien, je suis rentrée directement chez moi, et j’ai verrouillé ma porte. Je mourrais avant de mettre une autre personne en danger, on n’est pas dans Fort Boyard ici. Si tu rentres dans la cage aux tigres, tu vas te faire bouffer.
Un peu plus tard, Nguyen me rejoint chez moi. Il a l’air épuisé, et il a fait 30 minutes de transport en commun pour venir me voir. Il a laissé sa voiture à ses parents, puisqu’il n’habite qu’à 10 minutes à pied de l’hôpital.
Il retire son masque et ses gants, les jette à la poubelle et lave soigneusement ses mains pendant 1 minute complète. Je sais, j’ai mis le chrono.
Je l’attends, assise sur mon lit, comme si c’était une chaise longue. Il installe sa tête sur mon ventre et ferme les yeux. Le pauvre. Je ne veux même pas imaginer comment sont ses journées en ce moment.
– Tu as fais quoi de ta journée, me demande t-il.
– J’ai eu une expérience et je me suis auto-prescrit de la quarantaine.
Il se moque gentillement de moi dans son sourire. “Une expérience ?”
– Oui. Une expérience. Du coup, j’ai décidé que je vais apprendre de mes erreurs et rester bien sagement à la maison. J’ai déjà de la chance d’en avoir une, autant en profiter.
– Je ne suis pas d’accord.
– Tu n’es pas d’accord ?
– Non. Je ne suis pas d’accord. On nous a fait comprendre à mi-mots qu’on ne pourra sortir de chez nous que si on va bosser ou si on va faire nos courses. Ils vont bientôt renforcer les lois. Et moi, je ne pourrais plus faire 30 minutes de bus pour venir retrouver ma douce et tendre.
– Ta douce et tendre ?
– Oui. Ma chérie. Toi. Et je ne passerais pas la moitié d’un mois sans te voir.
– Ah oui ? Tu ne vas pas pouvoir t’en empêcher, hein ? Je ferais la cuisine, et je mettrais mes déshabillés… Et quand tu verras ces photos, impossible pour toi de ne pas affronter les poulets du diable !
Il sourit. “C’est vrai. Du coup, tu viendras avec tout ton attirail chez moi. Pour faire toutes ces choses devant moi, à portée de mains.”
– Je viens vivre chez toi ?
– Ce soir.
à suivre…