Episode 5 : Dans les moments de crise, nous, on veut manger !

Comme tout bon français qui se respecte, on s’est intéressé à ce problème du Coronavirus seulement quand ça voulait dire que ça allait changer quelque chose à notre vie. Bah oui, personne n’est parfait quoi !

Vous avez remarqué quand les gens ont commencé à paniquer ? Les blancs ont dévalisés les rayons de pâtes et de papier toilette et les gens de couleur ont fait un stock de riz et de bananes. Clairement, on voit tous nos priorités.
Nos courses sont devenus de l’étalage public ma parole !

Avec cette vague de peur causée par notre incapable leader, on n’a rien écouté du tout quand il nous a dit que le réapprovisonnement de bouffe allait se faire normalement. En même temps, il commence par : restez chez vous les gars, ou sinon on va tous se le refiler !

Donc nous, on a fait le plein quoi ! C’est bizarre mais depuis quelques jours, je n’arrêtais pas de penser au livre du Journal d’Anne Frank. Maintenant au moins, je comprends mieux pourquoi. Enfin.

Du coup, je profite du dernier jour de ma liberté, avant le début du confinement, à aller faire mes essayages de robe de demoiselle d’honneur ! Bah oui, je ne vous ai pas dis, mais ma sœur se marie bientôt.

Heureusement, elle n’est pas comme toutes ces Bradzillas à vouloir nous faire laide obligatoirement. Elle sait déjà qu’elle est belle et elle sait que nous, supra canon à côté, et bien, ça ne va rajouter qu’à asseoir sa réputation de Reine !

Donc, je m’approche du comité de jaunes pour avoir mon verdict. Je porte une robe d’un beau violet en forme de corset suivi d’une longue traîne qui me fait clairement ressembler à une putain de canon de magnifique de super princesse de la mort qui tue ! Les gars, je me sens, mais alors, prête à conquérir le monde, rehaussée de mes escarpins à plateforme dorées, vous n’avez pas idée !

J’ai beau vouloir me la péter, mon ventre me rappelle que je n’ai pas mangé depuis ce matin. Et j’ai faim. J’ai vraiment très faim. Je m’approche du futur époux et en le regardant droit dans les yeux, je lui dis : “Ecoutes. Soit tu me trouves à manger, soit tu es celui qui passes à la casserole. J’ai des crocs et je n’hésiterais pas à m’en servir !”

J’en profite pour montrer mes jolies dents que je viens de me faire détartrer tout en chopant son avant bras et le rapprochant de mes canines aiguisées.

– Tiens.

Il y a un froissement de papier derrière moi. Quand je me retourne, je vois Nguyen qui me tend le reste de la barre de céréales chocolat-noisette que j’ai faite hier chez moi, et que je lui ai donné pour son service d’hier soir.

Il est quand même venu après ses horaires de fous, et vu tout le travail qu’ils ont du abattre, pour nous préparer à l’arrivée de la pandémie ? Ce mec, je vous jure.

Il doit être épuisé, mais il est là. Bien présent. Il a décidé de montrer son soutien aux êtres qui lui sont chers. Bah oui, on n’est pas beaucoup venant de notre petite province, alors forcément, on se connait tous !

J’en viens à me demander, que se serait-il passé si nous nous étions retrouvés ici seulement aujourd’hui, plutôt qu’il y a quelques semaines, lorsqu’il m’a bousculé dans la rue de mon glacier préféré ?

Je m’approche de lui tandis qu’il me fait une place sur ses genoux. Je m’y installe confortablement et déguste le restant de ma barre de céréales.

Il me regarde et se penche vers moi pour qu’on puisse frôler nos nez aplatis. Bah oui, nous les jaunes, les démonstrations d’intimités, ce n’est pas trop notre truc. Ce n’est pas qu’on ne sache pas en faire, c’est juste que ça ne vous regarde pas. Pas de roulage de pelles devant vous, nous on est adepte des bisous esquimaux !

– Tu es magnifique.

Son blanc des yeux me dit qu’il a l’air sincère. Qu’il se sent peut-être même chanceux d’avoir chopper mon bourrelagé d’avion de chasse de corps. Punaise. Ce mec là, je vous jure.

Evidemment, les blagues fusent derrière nous. “Prenez-vous une chambre !” ; “Il va la ken devant nous les gars, je vais tout poster sur le net !” ; “C’est pour ça qu’elle porte cette robe, c’te coquine !”

– Hé ho ! D’abord, tu vas te calmer. Ensuite, tu ne parles pas de ma copine, pigé ? Un peu de respect quoi, me défend Nguyen.

Sa copine ?

Les gars, je suis sa copine ? Genre officiellement ? Genre, sa meuf quoi. Il ne l’a pas dit qu’à moi en plus, il l’a proclamé sur tous les toits !

Cet homme, je vous jure là, franchement, je l’aime. Ce qui est sûr en tout cas, mais jamais de la vie, c’est hors de question, je ne le lui dirais pas la première.

J’ai ma fierté quoi. Non mais en plus franchement, les mecs ont toujours un train de retard par rapport à nous quoi. Je vais lui laisser le temps de me rattraper.

Et comme s’il lisait dans mes pensées, un petit sourire se forme au coin de ses lèvres. Il m’enveloppe dans ses bras forts et solides.

Nguyen, c’est un homme bien. Il me fait comprendre qu’on commence tous les deux à s’aimer mais qu’il n’est pas nécessaire de se presser. On peut profiter à se construire lentement mais sûrement.

Après tout, on a toute la vie devant nous…

à suivre…