Je me suis dis une chose.
Pourquoi ne pas répandre un peu de positivité dans ce climat si négatif ?
J’ai commencé à appeler tout le monde. Absolument tout le monde. Ceux qui me venaient directement à l’esprit, ceux qui j’ai un jour connus ou rencontrés et ceux qui ont laissé une marque positive chez moi. Qui m’a aidé à grandir.
Et les questions qui me sont revenues souvent étaient ces trois choses, qui semblent si importantes en ce moment : Tu es où ? Tu fais quoi comme travail ? Et tu as un chéri ?
Après mes réponses, clairement forcées hors de ma bouche par la pression sociale, la question qui revenait le plus souvent était : Mais alors, pourquoi tu ne redescends pas t’occuper de ta famille ?
Comment vous dire ? Mes parents ont 60 ans. Alors, oui, je sais qu’ils m’ont pourri la vie lorsque j’étais adolescente, mais ce n’est pas une raison pour mettre leur vie en danger enfin ! Non mais on croit rêver ma parole !
Je ne sais pas grand chose de cette épidémie qui se transforme en pandémie mais une chose est claire, apparemment nos vieux pruneaux seraient plus en danger que nous.
Je vous signale qu’ils ont émigrés du Vietnam parce qu’ils essayaient de survivre une véritable guerre, eux ! Le vrai truc. Visible, palpable, que l’on sache contre qui se battre.
Bon, d’après moi, ils n’ont pas choisi le bon camp si vous voulez tout savoir. C’est-à-dire qu’à l’époque, moi, mi-spermatozoïde et mi-ovule, je n’avais pas vraiment mon mot à dire.
Donc. Revenons-en au fait ! Non, je ne vais pas risquer de me faire attraper par les poulets parce qu’il m’a prit de faire plus de 100 bornes pour vérifier que mes darons se portent bien. Je sais que je crache beaucoup dessus, mais la technologie pour le coup, c’est bien utile dans ces périodes-ci. à choisir entre WhatsApp et faire des signaux de feu à mes parents, bah… WhatsApp quoi, clairement.
En plus de ça je suis Vietnamienne et pas Indienne je vous signale ! Je sais qu’on est tous des êtres exotiques pour vous mais ce n’est pas une raison ! J’ai adopté votre langage, je parcours très régulièrement les dernières actualités du Larousse et en plus de ça, je me posais à la terrasse du café pour siroter mon thé chaque matin comme tout bon français qui se respecte ! Je suis l’incarnation même du cliché français avec ma baguette de pain de chez ma boulangère Martine. Que demande donc le peuple ?
Bon. Bon. Bon. J’arrête. J’avoue, je me suis un peu emballée.
Quoiqu’on dise, être entourée que de langues de vipères, ça vous influence toujours à un moment donné. Je me calme, je me calme.
Mais du coup, il va arriver en France ce virus ?
Parce que d’après Nguyen, tant qu’on se lave régulièrement les mains, que l’on tousse dans son coude ou un mouchoir qu’on utilise qu’une fois et qu’on évite les contacts physiques, il n’y a pas de raisons que ça se passe mal pour nous.
Heureusement qu’il est là vous vous dites, n’est-ce pas ? Et bien, il est à moi, pas touche !
Enfin non, on n’a pas eu cette discussion encore. Je ne veux rien forcer. Il est super gentil et je suis… Enfin, vous le savez maintenant, je suis une catastrophe ambulante quoi !
Bon. En même temps, il est médecin, il connaît donc du monde. Ce sera plus facile de me faire prescrire des stabilisants d’humeur…
Bah quoi ? Il faut être réaliste dans la vie parfois. C’est chiant mais quelques fois dans le mois, c’est nécessaire de toucher la Terre de nos petits pieds. C’est comme les règles ! On est sauve jusqu’au prochain mois ! Mais j’avoue, des petits bébés Nguyen, ce serait trop mignon aussi… Stop. Je m’égare. On ne va pas finir cette pensée !
Tiens, tiens, en parlant du loup d’ailleurs… Le voilà qui entre dans mon minuscule studio. Il a l’air crevé mais il arrive quand même à me donner son doux sourire rien qu’à moi. Pfiou. Il est trop beau quand même !
Il est grand, il est musclé et en plus, il a la peau douce ! C’est-à-dire que nous les jaunes, on a autant de poils que les otaries alors… Un petit peu de crème et nous voilà aussi lisse que de la soie !
Nguyen se met à genoux devant moi. Il s’installe entre mes jambes tandis que je suis toujours assise sur le bord de mon lit. On se câline un moment, et puis, il commence à m’embrasser doucement l’intérieur de la main, remonte le long de mon bras, jusqu’à ma clavicule… Mon cou et enfin mes lèvres.
Il est doux et gentil et prévenant… Et puis franchement, il me fait fondre.
Après tous ces moins que rien, il était le remède à mon mal-être, la réponse à mes prières et le visage de mon salut.
Avec lui, je me sens invincible.
à suivre…